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Boyan Slat, le jeune autodidacte qui veut nettoyer les océans

par Bluebob

Autodidacte et atypique, Boyan Slat est un jeune néerlandais de 26 ans qui détonne quelque peu chez les activistes écologistes. Responsabiliser les industriels et ouvrir les consciences ne sont pas sa priorité. Ce qu’il veut, lui, c’est agir. Et ce jeune homme veut nettoyer les océans de tous leurs déchets plastiques !

Un petit génie à l’activisme précoce

Originaire de Delft, une petite ville de Hollande Méridionale, Boyan Slat se passionne dès sa prime jeunesse pour les sciences. Il n’hésite pas à mener tout un tas d’expériences, ce qui lui vaut par exemple d’intégrer le Guinness Book des Records à 13 ans pour avoir lancé simultanément 213 fusées à eau (record toujours en cours !).

Promis à de brillantes études d’ingénieur en Aérospatiale à l’Université de Technologie de Delft, il plaque tout à 16 ans, le jour où il découvre lors d’une session de plongée en Grèce que le fond de la mer abrite plus de sacs plastiques que de poissons. Sa religion est faite : il consacrera sa vie à résoudre le problème du plastique !

Un virtuose de la communication et un leveur de fonds hors-pair

Boyan Slat veut débarrasser le monde du plastique et, pour cela, il est convaincu qu’il doit axer son action sur deux points majeurs : 1) empêcher le plastique d’arriver dans l’océan ; 2) nettoyer le plastique qui y est déjà.

Après avoir brillamment présenté son projet lors de plusieurs conférences, alors qu’il n’a que 18 ans, il réussit à lever 2 millions d’euros par le biais de financements participatifs. Ce qui lui permet de créer The Ocean Cleanup (Le nettoyage de l’océan) dont le but est de dépolluer les océans.

A défaut d’être formé à l’ingénierie plastique ou même aux modèles océanographiques, Slat sait s’entourer des bonnes personnes qui l’aident à travailler sur l’outil qui lui permettra de lancer son action. Car il est convaincu d’une chose : il est inutile et contre-productif de courir après les déchets, car les courants marins peuvent être de précieux alliés pour les lui apporter.

Un lancement encourageant mais fragile

En 2017, The Ocean Cleanup lance une première phase d’expérimentation dans la Mer du Nord avec un prototype de barrière mobile qui est chargé de collecter tous les déchets plastiques qui se mettent sur sa route.

En 2017, Boyan Slat et son équipe installent et lancent en grandes pompes « System 001 », la première barrière de récupération de déchets plastique, au large de San Francisco (Californie). « System 001 » est un ensemble de barrières flottantes d’une longueur de 600 m et d’une profondeur de 3 m , qui doit retenir tout déchet plastique et le conduire vers une plateforme d’extraction. C’est un nettoyage passif qui flotte dans l’océan, comme des côtes artificielles qui se déplacent et concentrent le plastique qui est récupéré plusieurs fois an, puis ramené à terre pour être recycler.

System 001, le premier prototype

Mais la vraie cible de The Ocean Cleanup est le vortex de déchets du Pacifique Nord (« Great Pacific Garbage Patch »), situé entre le Californie et Hawaï, où les courants marins font éternellement tourner une gyre infernale plus de 80 000 tonnes de déchets.

Mais « System 001 » ne le verra jamais… Après plusieurs mois d’essais et de nombreux problèmes rencontrés, il se brise au beau milieu de l’océan après avoir récupéré 2 tonnes de déchets.

Un échec qui ne freine pourtant pas Boyan Slat et ses ingénieurs. Après une révision complète du système et la correction du prototype, ils lancent en juin 2019 une nouvelle version avec des ancres et un parachute frein pour adapter la vitesse de la barrière à celle des déchets. Et cette fois-ci, direction le fameux vortex de déchets du Pacifique Nord !

Après les océans, Boyan Slat s’attaque aux fleuves et aux rivières

Alors que le nettoyage des océans suit son cours, Boyan Slat n’oublie pas ce qui les nourrit en déchets plastiques : les fleuves et les rivières.

Fort du constat que 1 000 fleuves et rivières (soit 1% du réseau fluvial terrestre) dans le monde sont responsables de 80%  de la pollution plastique, il imagine avec son équipe un système intégré mobile, installable en quelques jours dans le monde entier, capable d’intercepter le plastique avant qu’il n’atteigne l’océans et les mers.

The Ocean Cleanup lance « The Interceptor » en novembre 2019 : une barge de 24 m alimentée par des panneaux solaires et qui, sur le modèle du système dédié aux océans, collecte des tonnes de déchets plastiques. Plusieurs intercepteurs sont déjà en action depuis un an et ont fait leurs preuves en Malaisie et en Indonésie.

Une personnalité contestée

Même s’il n’est pas bardé de diplômes, Boyan Slat sait de quoi il parle et surtout ce qu’il veut. Or, derrière son enthousiasme juvénile et ses allures de surfeur, certains lui font un procès en imposture, pointant du doigt son aversion pour le bateau (il souffre du mal de mer !) et le fait qu’il soit rarement sur le terrain et lui préfère largement les interviews et les conférences. Mais savoir s’entourer sert aussi à ça.

Et c’est peut-être aussi son entourage qui fait serrer quelques dents… La demi-douzaine d’attachées de presse de The Ocean Cleanup qui lui sert de garde rapprochée gère de main de maître son planning et ses allées et venues.

Parce que Boyan Slat est aussi un enfant de son époque, il maîtrise à la perfection les réseaux sociaux et le web. Il a réussi à développer son entreprise jusqu’à en faire une véritable et puissante agence de communication pour son action.

Aujourd’hui, The Ocean Cleanup représente 80 employés (parmi lesquels Slat est le seul à ne pas avoir obtenu de diplôme d’enseignement supérieur) et près de 30 millions d’euros levés auprès de donateurs en ligne, mais aussi et de plus en plus de fondations caritatives, du gouvernement néerlandais et de plusieurs pontes de la Silicon Valley.

Si certains voient en lui un dilettante, il ne cesse toutefois d’être honoré par des organismes aussi sérieux qu’ONU Environnement, Forbes ou le Reader’s Digest.

Une action jalousée et parfois moquée par les milieux scientifiques et écologistes

Si les résultats de son action, qu’elle soit océanographique ou fluviale, sont très positifs et prometteurs, des voix s’élèvent pour avertir des risques que sa barrière flottante peut faire courir à certaines espèces. Boyan Slat ne les nie pas, et assure en tenir compte pour l’évolution de son outil, qu’il veut constante.

Le fait que Slat parvienne à lever autant de fonds pour financer son action reste aussi un vrai point de blocage avec d’éminents chercheurs. Ces derniers ne se cachent pas pour dire tout le mal qu’ils pensent de cet aimant à subventions. Sans doute un peu jaloux de voir qu’un jeune entrepreneur est capable de susciter autant d’intérêt alors qu’eux sont parfois contraints de continuer à avancer avec de moindres moyens.

Enfin, Boyan Slat trouve le moyen de se trouver de fervents détracteurs au sein même du mouvement écologiste  et de ses figures emblématiques. Ces dernières lui reprochent une action « showbiz » qui n’attaque pas le problème à la source, à savoir la responsabilisation des producteurs de plastique mais aussi des consommateurs. Sans parler de la consciencialisation des foules ! Certains l’accusent même de collusion avec l’industrie plastique, avec qui il traite pour faire évoluer le recyclage des déchets collectés.

Le revers de la médaille pour un jeune surdoué autodidacte dont la seule ambition est justement d’agir, pour « transformer le monde pour rendre le « non durable » durable », ce qui représente à ses yeux « le plus grand challenge de [sa] génération ».

Mais même jalousé, moqué ou discrédité, un fait ne trompe pas : le monde a les yeux rivés sur lui, avec l’espoir que The Ocean Cleanup apportera une réponse efficace et pérenne pour régler la question de la pollution plastique dans les océans.

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